A tous ceux qui trouvent des difficultés à l'écrit : prenez le temps de lire ce petit passage où le critique italien Roberto Calasso compare Baudelaire à son contemporain Banville :

"Chez Baudelaire le flux des vers était irrégulier, ils jaillissent d'un dispositif grinçant, souvent coincé, en partie rouillé. L'une de ses vertus particulières était un certain manque de souplesse dans la production de vers. On n'a aucune peine à le croire lorsqu'il écrit : "Je m'escrime contre une trentaine de vers insuffisants, désagréables, mal faits, mal rimants."
Pour son ami Banville, au contraire, les mots coulaient sur commande. C'était un distributeur automatique de vers, qui aujourd'hui glissent sur le lecteur sans laisser en général aucune trace. Alors que les vers mémorables de Baudelaire (...) apparaissent comme la passante hors d'atteinte au milieu de la foule, celle qui a dans le regard "la douceur qui fascine et le plaisir qui tue". Ce sont des vers -ou parfois des fragments de vers- qui établissent un rapport d'osmose avec le lecteur ; ils réapparaissent irrésistiblement, tout d'abord là même où ils étaient nés et où ils errent encore comme des génies protecteurs, au milieu de "ces rues et ces hôtels qui ont pris la patine grise des insomnies qu'ils ont abritées".
In La Folie Baudelaire.

     Rassurez-vous les amis, il n'y a pas d'écriture sans difficultés, même chez les Grands ! Et les plus belles phrases, les phrases immortelles sont celles qui nous déchirent en les écrivant ! A vous de choisir entre Baudelaire et Banville !